Mon histoire

En mai 1998

Mon histoire a commencé par un abcès tumoral sur le sigmoïde gauche au niveau du colon. Je suis alors opérée en toute urgence. Tout se passe pour le mieux. Dix jours après, je cours déjà dans les couloirs et peux rentrer à la maison auprès de ma famille.
La tumeur est classée «type T3», et ne nécessite pas de traitement de chimiothérapie selon mon oncologue traitant, bien qu’elle est proposée vu mon âge moyen.

L’année suivante, en juillet 1999, les marqueurs se manifestent et indiquent une récidive. Suite à quelques examens et grâce au PET scan, l’oncologue diagnostique une carcinose péritonéale (envahissement du péritoine par des tumeurs malignes secondaires).
Mon abdomen a doublé de volume dû au liquide (l’ascite) emmagasiné dans la cavité péritonéale, un des premiers symptômes de la carcinose péritonéale. Le verdict est obscur; selon ses dires, plus rien ne peut être entrepris pour me sortir de l’impasse. Pire, le jugement est crucial: «Madame, il vous reste à vivre 6 mois à deux ans». Le coup est dur, mais je l’accuse et surtout je ne me laisse pas condamner. Comment ce médecin, appelé «Professeur», peut-il annoncer une échéance. Je refuse tout en bloc: son diagnostic et son jugement. L’envoi est donné et le combat commence.
Je consulte un autre spécialiste. Le diagnostic est confirmé en sourdine. Une nuance, celui-ci me parle d’un certain traitement CHIP, en mettant l’accent sur la lourdeur du procédé. Selon ses mots, il s’agit d’une descente aux enfers, sans résultat convaincant. Je sors du cabinet complètement abasourdie. Je refuse un passage aux enfers avant le grand voyage.

Mais, je ne veux pas quitter ma famille.

Et puis, le destin me donne ma chance… Dans les semaines suivantes, par une émission TV du dimanche soir, une lueur d’espoir pointe à travers mon petit écran de télévision.
Ce fameux traitement CHIP, effectué, entre autre, à l’Institut Gustave-Roussy à Villejuif (Paris), est présenté à la France entière. Un déclic a lieu, et subitement j’ai le sentiment que cette thérapie peut me convenir. Le lendemain, je consulte Internet et retrouve les références de l’émission en question. Je relève le nom et prénom du patient filmé et téléphone à tous ses homonymes en France. Finalement, je parviens à le contacter. Il m’encourage à prendre rendez-vous à l’IGR. Je fonce !

1ère CHIP

En juin 2000, dans les deux mois suivants, je me retrouve sur la table d’opération à Paris pour tenter le traitement CHIP. Ce devait être un séjour de 3 semaines; ce fût celui de deux mois après avoir affronté moult complications. Finalement, je me remets sur pieds, et rentre à la maison. Je réintègre mon activité professionnelle en décembre 2000. Tout va pour le mieux jusqu’en juillet 2001. Puis les marqueurs s’activent et la récidive est confirmée.

2ème CHIP

En novembre 2001, une nouvelle intervention est nécessaire et, je me retrouve sur la table de travail à Paris pour un nouveau traitement CHIP. L’intervention se déroule au mieux et 3 semaines après je suis de retour à mon domicile. Cette 2ème CHIP ne suffit pas.

3ème CHIP

En juin 2002, les marqueurs sont à la hausse, une nouvelle récidive me harcèle.
Je me rends de nouveau à Paris pour signer un protocole dans le but de tenter une 3ème CHIP sans savoir si c’est la bonne option (déjà tenté 2 fois sans succès). Mon Professeur semble en douter lui-même. Au début du 21ème Siècle, la chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale (CHIP) est un traitement en cours d’évaluation. Il ne peut être proposé que dans le cadre  d’essais cliniques thérapeutiques.

Autant dire que les chances de survie sont minimes, mais je reste confiante!

Je me rends à Notre Dame de Paris et j’invoque le Ciel pour obtenir lumière et discernement.
Le soir même, direction Orly pour prendre mon vol retour Genève.

Une Rencontre insolite mais déterminante va définitivement me convaincre.

Les faits

«Mon avion a du retard dû à des grèves. Je prends un café. Un inconnu s’assoit en face de moi. Silence. Je quitte la table pour me rendre aux toilettes. Dans le même temps, cet inconnu rejoint la file d’attente. A ma sortie, il me fait signe «venez, je vous ai gardé une place !». Je le rejoins. Le dialogue commence … «Où allez-vous»? …. Et vous? Il m’explique… il est chirurgien et va donner une conférence à Nice. Coup du sort ?! Je lui donne alors la raison de ma visite à Paris et lui demande son avis: «Si vous étiez dans mon cas, que feriez-vous ?». Il me répond en toute simplicité: Madame, il faut remonter sur la table d’opération et tenter une nouvelle intervention… vous demanderez à votre chirurgien de bien gratter le péritoine !» Message reçu!
Pour moi, plus aucun doute ne persiste, cette 3ème CHIP est nécessaire, elle est la bonne issue ! A souligner: ce Monsieur est l’auteur de l’ouvrage «Histoire de la Chirurgie du silex à nos Jours», lauréat du prix littéraire 2013. Le sujet ? Il le connaît parfaitement, la chirurgie le passionne !!»

La guérison d’un cancer du péritoine est possible, je témoigne!

En août 2002, une 3ème CHIP est réalisée. Au réveil, mon chirurgien m’avoue: Madame, j’ai effectué un travail de Titan, la tumeur était infiltrante, prise dans les tissus. Il vous appartient dorénavant de maintenir votre état le plus longtemps possible.
Et la vie continue depuis bientôt 18 ans !
Ma famille, notamment mes enfants et mon mari, entourés de mes parents et mes amis ont largement contribué à ce succès par leur amour, leur attachement, leur présence, leur encouragement, et leurs prières.
Grâce au travail colossal de la médecine, ma rage de vivre, aux rencontres et à toute cette chaleur autour de moi, mon chemin de vie se poursuit.
J’ai oublié la douleur et je savoure ce Bonus parmi les miens (mes deux garçons ont aujourd’hui 26 et 28 ans et sont adultes).
Aujourd’hui, je décide de témoigner pour encourager les personnes atteintes d’un cancer de rester en confiance quel que soit le verdict.
L’essentiel est de Vivre jusqu’au dernier soupir. La maladie demande beaucoup de courage et d’énergie, mais elle représente un passage vers une Renaissance.
Une deuxième vie commence quand tu réalises que tu n’en as qu’une!